Homme avec une fatigue mentale

Fatigue mentale découverte d’un mécanisme cérébral en cause | Thierry Payet

D’où vient la fatigue mentale, un symptôme décrit par un nombre croissant de Français depuis la crise sanitaire ? Pour la première fois, des chercheurs français ont mis en évidence un mécanisme capable d’expliquer le développement de la fatigue mentale, l’accumulation d’un neurotransmetteur, le glutamate, dans une région spécifique du cerveau. Explications.

Homme avec une fatigue mentale

Qu’est-ce que la fatigue mentale ?

La fatigue mentale est à distinguer de la fatigue physique, associée par exemple à une infection grippale ou à une pathologie chronique, comme la fibromyalgie. La fatigue mentale, encore appelée la fatigue nerveuse, la fatigue intellectuelle ou la fatigue psychique. Elle désigne un sentiment d’épuisement général, de fatigue intense et un état de somnolence persistant, y compris au cours de la journée.

Plusieurs conditions peuvent amener à un état de fatigue mentale. Le le stress, le surmenage ou des conditions de vie perturbées en sont les principaux facteurs. Cette fatigue se développe souvent sur plusieurs semaines ou mois. Elle nécessite d’être repérée et prise en charge, pour ne pas conduire à :

  • Une fatigue chronique ;
  • Un burn-out ;
  • Une dépression.

Fatigue mentale et cerveau

En pratique, la fatigue mentale se traduit par un sentiment de saturation. On se sent en incapacité à réfléchir et de prendre des décisions. Comment expliquer sur le plan physiologique le développement de la fatigue mentale ? Des chercheurs français de l’Institut du Cerveau travaillent depuis plusieurs années sur les mécanismes biologiques à l’origine de la fatigue nerveuse. Dès 2016, ils avaient mis en évidence que la fatigue mentale était liée à une baisse d’activité du cortex préfrontal latéral gauche au cours de la journée.

Récemment, ces chercheurs ont publié de nouveaux résultats qui aident à mieux comprendre la fatigue mentale. Leurs travaux ont consisté à utiliser une technique d’imagerie par spectroscopie par résonance magnétique, capable de quantifier différentes substances dans le cerveau. Ils ont alors analysé la quantité de différentes substances dans le cerveau, et plus particulièrement dans le cortex préfrontal latéral gauche, de personnes soumises à deux types de stimulation :

  • Des tâches avec un haut degré d’attention et de concentration, propices à entraîner de la fatigue nerveuse ;
  • Des tâches simples, peu mobilisatrices des fonctions cognitives.

Une accumulation de glutamate dans le cortex préfrontal latéral gauche

L’analyse des données obtenues a révélé que le glutamate, un neurotransmetteur de type excitateur, s’accumulait dans le cortex préfrontal latéral gauche uniquement chez les personnes soumises à des tâches complexes, nécessitant une grande attention. En temps normal, le glutamate libéré au niveau cérébral est éliminé par un mécanisme de régulation physiologique. Si le glutamate s’accumule anormalement entre les neurones, il bloque l’activation normale des neurones et donc le bon fonctionnement de la région cérébrale.

Ainsi, la répétition de tâches complexes au cours de la journée conduit à une accumulation de glutamate dans cette région du cerveau, qui, incapable d’éliminer le surplus du neurotransmetteur excitateur, finit par se bloquer. Le cerveau est alors incapable d’accepter de nouvelles tâches à effectuer, c’est la fatigue mentale. Des résultats similaires ont été observés chez des sportifs de haut-niveau soumis à un surentraînement, preuve que la saturation cérébrale n’est pas uniquement liée à des tâches intellectuelles. La surstimulation cérébrale impliquerait l’accumulation du glutamate, et le blocage des régions cérébrales surstimulées. La mise en évidence pour la première fois de ce mécanisme pourrait expliquer l’impulsivité des sujets surmenés et le développement de pathologies comme le burn-out.

Estelle B., Docteur en Pharmacie

Sources

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